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Au village de la soie de Phung Xa : Entretien avec Mme Thuan

Le samedi 26 octobre dernier, VACTOURS est parti à la rencontre l’artisane Phan Thi Thuan, tisserande et éleveuse de vers à soie de son état. Au village de la soie de My Duc dans la banlieue de Hanoi, la patronne de cette entreprise qui compte une vingtaine d’employés sur place a bien voulu nous en faire visiter les locaux et répondre à nos questions.

ENTRETIEN

VACTOURS : Bonjour Madame et merci de prendre de votre temps pour nous faire découvrir vos activités. Pourriez-vous avant toute chose vous présenter, vous ainsi que l’historique de votre entreprise ?

Phan Thi Thuan : Je suis née en 1954 et incarne la troisième génération dans ma famille à perpétuer cet art traditionnel d’élevage de vers à soie et de production de produits issus de ce textile si représentatif de la culture vietnamienne. Depuis toute petite, auprès de ma tante surtout, j’ai commencé à me sensibiliser au métier. Avant la Révolution d’août 1945, au temps des Français donc, ma famille pratiquait déjà ce métier, à destination surtout des colons ; après 1945, dans le sillon des mesures de collectivisation des entreprises lancées par le gouvernement révolutionnaire, ma tante s’est mise à regrouper les artisans du métier du même village pour former une coopérative. C’est à l’âge de 18 ans, au début des années 1970, que je rejoignis officiellement cette structure en qualité de comptable. En 1986, à partir du Doi Moi qui correspond à la libéralisation de l’économie, l’entreprise est redevenue privée.

village de la soie où on dévouvrira un artisanat traditionnel du Vietnam, achetera de la soie comme des souvenirs vietnamiens

VACTOURS : Quel type de soie produisez-vous exactement ?

Phan Thi Thuan : Ici, nous produisons deux types de soie. Pour faire très bref :

  • La première, suivant la méthode traditionnelle, est issue des vers que nous élevons nous-mêmes. A leur naissance, nous les plaçons dans ces sortes de corbeilles remplies de feuilles de mûrier afin qu’ils se nourrissent, pour une période de 17 jours. C’est au bout du 20ème qu’ils commencent à produire de la soie. Il convient de distinguer deux façons de réaliser cette soie : la première façon, la plus connue, est de laisser faire les vers naturellement. Cela donne ces cocons jaune-orangés que vous pouvez voir ici. La deuxième, que j’ai découverte il y a quelques années de cela, c’est de prévoir de grands rectangles recouverts d’une sorte de colle. Cela permet d’avoir, au terme de 3 ou 4 jours, des sortes de « tapis » déjà réalisés, que nous faisons ensuite bouillir pour les débarrasser de la colle et les rendre plus moelleux.
  • La deuxième, que je développe depuis maintenant 2017, est une soie issue du lotus, réalisée à partir des tiges, végétal emblématique du Vietnam et de toute l’Asie. Si je le brise en deux, vous verrez que la tige de lotus contient en son sein des filaments. C’est à partir de ce matériau que nous travaillons.

Pour le tissage de la soie issue du lotus, nous utilisons des métiers à tisser mécaniques en bois.

VACTOURS : Il semble que vous avez à la fois perpétué et renouvelé votre art.

Phan Thi Thuan : Cette technique de faire travailler les vers à soie directement, gagnant ainsi du temps, a été brevetée. J’ai réalisé le dépôt en 2012 qui a été immédiatement accepté, mais il a fallu attendre 2016 pour recevoir l’attestation en bonne et due forme. Je n’ai cependant pas voulu garder le « secret » pour moi toute seule ; je pense que le métier d’éleveur de vers à soie fait partie de notre patrimoine national. C’est pourquoi je fais travailler sur tout le territoire environ 150 familles à ce village de la soie, afin que le métier ne se perde pas.

VACTOURS : Et vos enfants, ont-ils décidé de marcher dans vos pas ?

Phan Thi Thuan : J’ai trois enfants, dont l’un est décédé. Les deux autres travaillent ici au sein de l’entreprise. Maintenir cet métier traditionnel est pour moi un véritable objectif, même si nous n’avons pas toujours les moyens nécessaires. La concurrence est rude, notamment avec les pays voisins dont la Chine qui produit à grande échelle.

C’est pourquoi, notamment avec la soie issue du lotus, je suis plutôt sur un marché de niche : les écharpes se vendent à près de 500 euros, et les clients qui nous contactent sont souvent des connaisseurs. Toutefois, nous produisons également des produits de qualité en soie traditionnelle, qui se vendent à des prix très raisonnables. Il faut compter une trentaine d’euros pour une écharpe, par exemple. Le prix un peu plus élevé qu’ailleurs s’explique parce que les matériaux que nous utilisons sont tous vietnamiens, et non chinois.

village de la soie où on dévouvrira un artisanat traditionnel du Vietnam, achetera de la soie comme des souvenirs vietnamiens

VACTOURS : Et c’est tout à votre honneur. Quels sont globalement les produits que vous commercialisez ?

Phan Thi Thuan : Nous vendons aussi bien couvertures, coussins, écharpes que vêtements divers, en soie à 100%. Vous pouvez également constater ces chapeaux coniques recouverts de larges feuilles, qui sont très prisés par nos visiteurs.

village de la soie où on dévouvrira un artisanat traditionnel du Vietnam, achetera de la soie comme des souvenirs vietnamiens

VACTOURS : Quels marchés sont concernés ? Le marché vietnamien ? Au-delà ?

Phan Thi Thuan : Nous travaillons également à l’international. Auparavant, nous faisions appel à un intermédiaire mais depuis quelques années maintenant, nous exportons directement, en direction de la France, de l’Italie, de l’Allemagne. Des clients étrangers viennent également nous rencontrer ici : nous avons ainsi reçu des Néerlandais ainsi que des Saoudiens, qui nous disent ce qu’ils souhaitent exactement voir confectionner.

Si notre méthode de production de la soie et de tissage reste traditionnelle, nous nous adaptons aux goûts des clients. Par exemple, les étrangers – et maintenant les Vietnamiens aisés qui s’en inspirent – apprécient plutôt les couleurs vives, chatoyantes. Nous nous adaptons toujours au client, il n’existe pas vraiment de mode à suivre, celle-ci varie d’une personne à l’autre.

VACTOURS : Je vois que vous portez aujourd’hui une tunique de toute élégance. Est-elle de votre confection ?

Phan Thi Thuan : Oui, c’est moi qui me la suis faite. Je me confectionne toujours des vêtements aux couleurs sombres, ou du moins sobres, parce que les colorants naturels sont ainsi, et je préfère effectivement ce qui est classique, naturel.

[Un groupe d’élèves de tous âges pénètre dans le bureau où s’est poursuivi notre échange.]

VACTOURS : Nous n’allons pas vous embêter plus longtemps. Merci infiniment pour votre accueil, et une très bonne continuation.

Phan Thi Thuan : Merci beaucoup à vous pour votre visite, et à très bientôt j’espère.

Article rédigé par Benoît BISSON.

 

 

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