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Le culte des ancêtres au Vietnam – retour sur une tradition essentielle

Et si, aujourd’hui, nous levions un peu le mystère autour du fameux culte des ancêtres pour nos lecteurs francophones ? Huu Ngoc ne m’avait-il pas dit que le sôcle sur lequel reposait toute la société était la famille ?

Au Viêt-Nam, chaque maison possède un autel qui permet d’assurer le souvenir des ancêtres jusqu’à la quatrième génération, quand ce n’est pas pour « rentrer en contact » avec eux.

Ce culte, appelé tín ngưỡng thờ cúng tổ tiên au Vietnam, remonte à la culture Dong Son (Ier millénaire av. J.C.), voire à la culture pré-Dong Son. On peut l’écrire sans crainte : il est, sinon à l’origine de la communauté nationale vietnamienne, l’un des facteurs qui a contribué à souder cette dernière contre tous les aléas qu’un peuple peut au cours de son histoire rencontrer sur sa route (invasions, catastrophes naturelles, pandémies).

 

 

 

Le spécialiste vietnamien des religions Dang Nghiem Van développe dans un article l’idée que toute nation possède une religion nationale, indépendamment des traditions exogènes qui se sont greffées et assimilées à son patrimoine originel au cours du temps (ainsi les confucianisme et taoïsme chinois, le bouddhisme indien et le christianisme européen au Vietnam, « adoucis » et « féminisés » après filtrage). Pour le « pays en forme de dragon », cette religion nationale est le culte des ancêtres : « Le système religieux national du Vietnam dans la société traditionnelle est le culte des morts, connu dans les autres pays de l’Asie orientale, de l’Afrique noire et de l’Amérique précolombienne. Ce culte, employé ici au sens large, englobe non seulement les morts d’une lignée familiale, les morts qui ont rendu service au pays et à la communauté villageoise. »[1]

Les conceptions chinoises que mille ans de colonisation ont implantées sur la souche vietnamienne, puis celles de l’Inde diffusées par le biais du bouddhisme, n’ont fait que renforcer cette fidélité au sang qui permet de relier la Terre au Ciel.

 

Les professeurs Huard et Durand de l’Ecole française d’Extrême-Orient ont pu écrire : « [Le] but [du culte des ancêtres] est de perpétuer un complexe émotionnel aussi intense que possible, liant d’une façon indissoluble les vivants et les morts d’un même clan. Il a pour objet l’entretien des tombes, mais surtout le culte qui doit être rendu dans le temple familial aux tablettes des quatre générations ascendantes : trisaïeul et sa femme, bisaïeul et sa femme, aïeul et aïeule, père et mère. »[2] La structure même de ce culte est donc chtonienne, biologique, puisque l’on protège par définition la mémoire des ancêtres et le renouvellement générationnel sur une base « consanguine » (reproduction sexuée entre individus apparentés), garantissant ainsi la souche ethnique originelle. Un Maurice Barrès ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque que « [les hommes] sont la continuité de [leurs] parents », que « toute la suite des descendants ne fait qu’un même être », que « l’individu s’abîme pour se retrouver dans la famille, dans la race, dans la nation. »[3]

Il ne faut pour autant pas délaisser de côté la part authentiquement spirituelle et a fortiori « ouranienne » (Eliade) de ce rite initiatique : on ne rend pas les derniers hommages au mort pour la seule vertu sociale qu’ils représentent, mais parce qu’on le prépare, on lui assure son voyage dans le nouveau « monde »[4] et [5].

 

 

  • Le culte des ancêtres, une véritable éthique.

 

Le théologien Joseph Nguyen Huy Lai nous rappelle que le fondement moral de ce culte, c’est la piété filiale[6], ce qui présuppose rites avant tout et non forcément croyance, un peu à la manière des patriciens de la Rome antique qui exigeaient des citoyens de participer à la vie sociale indépendamment de toute conviction religieuse – ce que devaient d’ailleurs refuser les premiers chrétiens, entraînant les martyres que l’on connaît.

L’historien Nguyen Khac Viên détaille : « Il ne s’agit pas d’une religion au sens occidental du mot mais d’un ensemble de croyances ou d’idées acceptées par la quasi-totalité de la société, par les fidèles de n’importe quelle religion. Cet ensemble de croyances se concrétise par un ensemble de pratiques rituelles : anniversaires, rites funéraires, rites de deuil, de mariage… Par cet ensemble de croyances et de pratiques rituelles, chaque individu est lié non seulement aux membres d’une parenté encore vivante mais aussi aux ancêtres lointains. »[7] L’aspect « collectiviste » et « social » mis en relief par Nguyen Khac Vien est consubstantiel à l’objectif de perpétuation de la lignée familiale. Cet objectif ne peut être réalisé qu’avec le soutien de nombreux rituels et cérémonies, facteurs de cohésion et, il faut le dire, d’initiation.

Le culte des ancêtres, c’est donc une éthique, un devoir avant tout : « Nous pratiquons le culte des ancêtres d’une manière respectueuse, cela montre que nous n’oublions pas nos origines et que nous remplissons notre devoir d’homme. »[8]

 

 

  • Le culte des ancêtres, aujourd’hui ? Ce qu’il faut en retenir.

 

Trois dimensions s’entrecroisent dans la pratique d’un tel culte : 1- spirituelle (préparation à la vie dans l’au-delà), 2- biologique (maintien d’un terreau ethnique stable sur la base de la mémoire et du renouvellement générationnel), 3- social (pratiques sociales régulières : cérémonies, rites de souvenir.

Tombé en désuétude pendant les trente années de guerre contre les Français puis les Américains (1945-1975), le Doi Moi (« Renouveau », 1986) qui correspond pour le Vietnam à la perestroïka russe, permit une renaissance du culte des ancêtres. Le temps, les moyens, la nostalgie – la paix surtout, donnèrent l’occasion aux Vietnamiens de reconstituer des pratiques qu’ils avaient dû délaisser dans la longue lutte pour l’indépendance – et, il faut également l’admettre, face à certains dirigeants du pays, tenants d’un athéisme pur et dur.

Déjà il y a vingt-cinq, de grands intellectuels s’interrogeaient tant sur le rôle que sur l’avenir du culte des ancêtres au Vietnam. Le spécialiste des religions DANG Nghien Van écrivait ainsi : « Dans la conjoncture actuelle, face à la crise morale et la tendance d’imiter les mœurs des pays occidentaux sans discernement, le culte des ancêtres, dans son sens large comme dans son sens restreint, contribue à rétablir la morale traditionnelle vietnamienne, à rappeler les mérites des ancêtres. Il est un des antidotes de l’ethnocide. »[9] L’érudit Huu Ngoc parle quant à lui de « planche de salut » pour un peuple qui se voit tiraillé, en plein règne du mondialisme, par un appât du gain amoral et apatride[10]. Qui peut réellement connaître le destin d’une tradition plurimillénaire, fût-elle la plus essentielle, dans une société en pleine mutation structurelle ?

 

Article rédigé par Benoît Bisson.

 

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[1] DANG Nghiem Van, « Le culte des ancêtres en tant que religion », Etudes vietnamiennes, 3|1996 (121), Hanoï, Vietnam : p.38

[2] HUARD Pierre et DURAND Maurice, Connaissance du Viêt-Nam, École Française d’Extrême-Orient, Hanoï, 1954 : p.98.

[3] BARRES Maurice, Scènes et doctrines du nationalisme, éd.Félix Juvin, Paris, 1902 : pp.17-18.

[4] Ibid, p.99 : « Ce n’est pas seulement la mort mais également le rituel qui ouvre le chemin à la vie future (Layard. Car le rituel seul et non la mort peut constituer le transfert de vie ou de puissance dont le mort à besoin. Grâce au rituel, le Viêtnamien croit aux morts, tandis que l’Occident ne croit qu’à la Mort. » (99, Huard)

[5] PHAN Ke Binh parle d’une  « croyance en l’existence d’un monde extra-terrestre qui présente des traits semblables à notre monde auquel reviennent parfois les morts » (Les coutumes du Vietnam, p.66, cité  NGUYEN Thanh Huyen, « Le culte des ancêtres – un trait caractéristique de la vie spirituelle des Vietnamiens », Etudes vietnamiennes, 3|1994 (113), Hanoï, Vietnam : p 42)

[6] NGUYEN Joseph Huy Lai, La tradition religieuse, spirituelle et sociale au Vietnam – sa confrontation avec le christianisme, Beauchesne, Paris, 1981 : p.67.

[7] NGUYEN Khac Vien, « Le culte des ancêtres – projet de recherche », Etudes vietnamiennes, 3|1994 (113), Hanoï, Vietnam : p.13.

[8] PHAN Ke Binh, Les coutumes du Vietnam, pp.25-26, in Op.Cit.p.40.

[9] DANG Nghiem, Op.Cit., p.48.

[10] NGOC Huu, « Le culte des ancêtres est-il une planche de salut ? » (1994), À la découverte de la culture vietnamienne, Editions The Gioi, 7e édition, 2014, p.682 : « Face à la désintégration de la famille nucléaire même et à la dévaluation des valeurs morales traditionnelles – revers de l’instauration du marché libre et de la modernisation – le culte des ancêtres constituerait-il une planche de salut pour préserver l’identité nationale, à commencer par la cellule familiale ? »

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