Journal de bord - Ninh Binh (décembre 2018)

Excursion à Ninh Bình – décembre 2018

 

Jour 1 :

 

Départ 285, rue Đội Cấn, d’où nous devons prendre le bus privé loué par VACTOURS. Destination Ninh Bình, à 130 km au sud de Hà Nội. L’hiver s’est déclaré vendredi, après une pluie qui a fait basculer la ville dans un froid sec alors que jusque-là la capitale s’engluait dans une moiteur de fin d’été. Nous avons perdu dix degrés.

Ce voyage semi-touristique, semi-professionnel, rassemble du monde : les familles de Man (son épouse, sa fille), de Ha (son mari, sa fille et son fils), de Phuong (son épouse, sa fille et son fils), nous accompagnent ; Lorenzo a amené sa copine. Reste le chauffeur – un chauve hilare de bonne constitution, Ngoc, Huong et moi.

Le bus est confortable, car il est privé. Il n’est que 8 heures et demie, et les rues sont déjà encombrées de motos, de cars de touristes et de bus municipaux. Le Vietnam est un pays qui se lève tôt, peu importe le climat. Les restaurants sont pleins de gourmands qui ont leur routine sabbatique ; les marchés des ruelles s’installent ; la vieillesse circule, qui sportive, qui pratiquant son « shopping » social pour acheter ses légumes, béret sur le crâne et baguette sous le bras.

Je me mets vite à somnoler. J’aperçois entre deux clignements d’yeux la circulation dense qui finit par se diluer à la sortie de la ville même, lorsque nous pénétrons dans une banlieue qui rapidement fait place à des champs de riz et de maïs.

Première halte à une aire de route qui permet aux uns et aux autres de se délier les jambes ou de casser la croûte : j’achète mon premier bánh bao du séjour (brioche d’origine chinoise : bao zi) au porc et à l’œuf. Le gosse de Ha se fait gâter : on lui offre une boîte de LEGO. Avec les mâles qui discutent, nous nous asseyons à une table en bois pour boire le thé. C’est une femme d’une trentaine d’années qui gère sa boutique appelée opportunément Trà đá (thé glacé). Une bouteille contenant de l’essence de thé (en fait, 1,5L d’eau pour probablement une centaine de grammes de feuilles) lui permet d’aller plus vite pour servir les clients qui font foule. Elle sert dans des verres épais un fond de cette essence, puis rajoute de l’eau chaude pour diluer. J’avais jadis pu observer le même procédé mais avec du café cette fois-ci, il y a deux ans, dans le quartier de Cầu Giấy. Dehors, la pluie précipite les voyageurs vers leurs bus ou leurs motos.

 

Lorsque nous parvenons à l’étape initiale de notre séjour, la réserve naturelle de Vân Long qui correspond à la deuxième « baie d’Hạ Long terrestre » après Tam Cốc, le paysage a bien changé. Des plaines immenses cernées de pics karstiques sont plongées dans une brume très légère. Une pluie fine nous tombe dessus, il n’y a presque aucun touriste. L’heure est au port de l’équipement : tout le monde s’enveloppe dans des ponchos en plastique, sauf moi bien sûr, par esprit de provocation (en réalité, par paresse : je ne tarderai pas à le regretter). Nous montons sur de petites embarcations en bambou, au fond cimenté. Une dame d’un certain âge, chapeau sur le crâne et poncho la couvrant des épaules jusqu’aux pieds, manie la pagaye avec dextérité.

Les trois barques de notre groupe circulent entre les arroyos jusqu’à l’entrée de grottes immenses : si le gris est roi, quelques taches rouge-vif éclairent ici et là un paysage plutôt monochrome. Ce qui à première vue ressemble à des fleurs, sont en fait des tiges sur lesquelles les escargots déposent leurs œufs. Si je fixe mon œil sur l’une de ces tiges, j’aperçois en effet les milliers de boutons microscopiques qui forment comme un bouquet de lavande sanguine.  

À l’horizon, une énorme église pêche en construction aux pieds d’énormes pics se découpe dans le vert et le gris ; deux toits d’usines pointent également le bout de leurs cheminées vers un ciel uni. Le paysage n’en est pas défiguré pour autant, même s’il représente deux des nombreux fruits que l’Occident a amenés sur cette terre pourtant déjà chargée d’histoire : la religion catholique et le « développement économique », autrement dit deux sortes plutôt temporelles d’universalisme.

 

 

À midi, dans un restaurant aux allures de réfectoire pour touristes nationaux et internationaux, je me laisse surprendre par la diversité et la qualité des plats qui nous sont servis :

  • Chèvre grillée (thịt dê nướng) ;
  • Pigeon sauté aux vermicelles (miến xào bồ câu) ;  
  • Galettes de riz soufflé, à tremper dans un genre de soupe épicée sucrée-salée (cơm cháy) ;
  • Poisson cuit dans un plat en terre cuite (cá kho)

…le tout arrosé de bières pour les uns et de sodas pour les autres.

 

L’après-midi, nous repartons en vadrouille avec un ventre tout rond pour visiter en barque la Grotte de la Galaxie (Thiên Hà), située à la montagne Tuong dans le district de Nho Quan : la bruine n’enlève rien au charme du kilomètre à réaliser sur la rivière pour rejoindre le pic.

Cinq cent mètres à pied nous conduisent ensuite à l’entrée de la grotte.

  • La partie sèche, visitable à pied, ressemble à un sanctuaire. Les formes torturées des centaines de stalactites et de stalagmites hérissées comme des lances évoquent des animaux merveilleux crispés dans un orgueil quasi-magique. L’éclairage tamisé renforce cette impression de grotte secrète peuplée d’étranges créatures invisibles à l’œil nu. Un escalier monte jusqu’au puits céleste qui ouvre sur la montagne, inondant l’étage de sa lumière blême. 
  • La partie inondée, nous la parcourons en barque : l’obscurité se laisse trancher par des néons multicolores qui confèrent à l’endroit une ambiance très « rétro ». Il manquait simplement la synthwave pour animer auditivement la grotte. L’on m’aurait dit que des raves parties avaient lieu chaque premier jeudi soir du mois dans la Grotte de la Galaxie que je n’aurais pas été surpris : l’endroit prêtait à de pareilles gesticulations enfiévrées.    

Après être retourné sur ses pas et avoir rejoint la rive aux pieds de la montagne Tuong, la troupe se morcelle pour embarquer à nouveau sur les coquilles de noix, promise à d’autres aventures.

Thung Nham est assez sauvage, et, alors que le jour décline et que le gris s’obscurcit, l’endroit gagne en authenticité, baignant dans son jus primordial. Une atmosphère des premiers temps, serait-on tenté d’ajouter. Nos bateliers nous guident à travers tout un labyrinthe d’arroyos pour rejoindre la Grotte dite de Bouddha, dénommée ainsi parce qu’un rocher en forme de l’Éveillé opère un changement ontologique : d’espace profane, la grotte devient espace sacré.

 

 

Le bus nous récupère après une bonne demi-heure sur la rivière, où les portes transformées en digues sont comme des points de passage d’un périple stevensonien (ou doylien pour ceux qui préfèrent). Il nous dépose au « La Belle Vie Tam Coc Homestay » situé au district de Hoa Lư. L’établissement présente tous les avantages d’un hôtel *** : confort optimal, décor sobre et classique, lit spacieux. Nous pourrons, après avoir rempli nos panses, profiter d’un repos bien mérité.

Après nous être débarbouillés, nous partons dîner au Bamboo bar & restaurant. Le décorum est charmant, tout de bambou comme son nom l’indique. La diversité des boissons (alcool de riz maison – ne pas se fier au contenant : bouteille de vodka russe ou de rhum cubain – ou vin de Đà Lạt, soft-drinks variés, etc.) et des plats (toutes les viandes possible, incluant la chèvre qui est le must dans la région), à laquelle j’ajoute l’attitude particulièrement chaleureuse du patron Thai et de son équipe, parfaitement francophone par ailleurs, expliquent la réputation de l’établissement. Si les rares autochtones à venir y manger sont la plupart du temps les guides mêmes des différents groupes de touristes qu’ils amènent, cela n’influe pas du tout sur la qualité de la nourriture ou, précisons, l’authenticité du lieu. Il faut cependant admettre que le Bamboo n’est pas un bouiboui de rue mais un véritable restaurant : il n’a donc pas le charme précipité des tables de plastiques réunies autour d’un chariot à soupe, mais propose en contrepartie un confort bienvenu après la pluie et l’enchaînement de visites.

Nous trinquons à de nombreuses reprises : les langues se délient, les conversations deviennent plus franches et amicales, la barrière « culturelle » est vite rompue. Les hommes s’attardent tandis que le chauffeur, les femmes et les enfants préfèrent rentrer se reposer. Certains d’entre nous paieront les excès de la soirée dans la matinée du lendemain, mais c’est un agréable moment de partage que nous vivons. Les discussions gravitent autour du modèle politique et économique du pays, des différents arts martiaux nationaux, de la pipe à eau et du type de tabac utilisé – déjà « coupé », des études des uns et des autres, du développement du tourisme au Vietnam et de ses conséquences, etc.

 

Je prends de l’avance avec Phuong, lui aussi guide de formation : nous rentrons en courant jusqu’au Homestay comme des gamins. « Je suis petit mais je cours vite », tonne l’ami vietnamien, plein de malice.

Rejoignant ma chambre, j’éteins la lumière et m’affale sur mon lit pour m’endormir d’un sommeil de plomb.

 

 

 

Jour 2 :

 

Petit-déjeuner copieux à La Belle Vie : crêpes et omelettes garnies (deux dames vous les préparent sous vos yeux), croissants et beignets, fruits, jus (ananas et mangue), café vietnamien frais, riz frit, etc. Il y en a pour tous les goûts, même si la salle à manger est un peu austère.

Je rentre me reposer une demi-heure sur mon lit avant que le bus n’amène les volontaires à la cathédrale de Phát Diệm (Notre-Dame-Reine-du-Rosaire), à une trentaine de kilomètres au sud de la ville de Ninh Bình. Il y aura des absents, probablement recroquevillés sur leur lit avec une bouteille d’eau à proximité !

Ambiance « Djizeus Craïste » à l’américaine : une colossale statue de Jésus les bras ouverts accueille les fidèles et autres curieux. Longeant le complexe, un petit supermarché du culte propose des statues de Jésus ou de Marie à monter soi-même ; des autels lumineux avec saints locaux ; des pendentifs, des bracelets, des crucifix : bref, tout ce qui peut accompagner le croyant dans sa pratique de la religion chrétienne.

Érigée par le père Pierre Trân Luc (dit Père Six), les travaux de la cathédrale ont pris 24 ans pour être achevés (1875-1899). L’ensemble comprend un certain nombre de chapelles, un calvaire et un campanile. Un monticule recouvert d’herbe, semblable à ces représentations de montagnes que l’on retrouve dans les temples et généralement peuplées de personnages mythiques, accueille une statue de Marie. Évoquant mes souvenirs des visites des grandioses palais de Hué en mai 2017, la cathédrale de Phát Diện, si proche de Hà Nội, a le mérite de souligner ce mariage si particulier entre les sinuosités calculées de l’architecture asiatique et le colossal néoclassique européen.

 

 

C’est reparti pour récupérer les autres à l’hôtel avant la visite des pagodes de Jade (Bích Động). À 9 kilomètres de la ville de Ninh Bình, il existe un ensemble de trois pagodes édifiées au XVIIIème siècle sous l’égide de deux bonzes venus propager le bouddhisme dans la région. Une première pagode, constituée de cinq pièces abritant des statues de Bouddha, précède un escalier qui mène à la deuxième pagode que jouxte elle-même une grotte. À l’intérieur, une bâtisse, des statues, et même une statuette de Tôn Ngộ Không (Sūn Wùkōng en pinyin), le Roi des Singes héros du roman chinois La Pérégrination vers l’Ouest (fin XVIè siècle) qui a inspiré l’œuvre d’Akira Toriyama (Dragon Ball : 1984-1995). Sorti de la grotte, un autre escalier conduit à la dernière des pagodes où règne, au creux d’un petit bâtiment couvert par les arbres, une statue de Siddhârta Gautama. Panorama extraordinaire sur le site Tam Cốc, la lagune et les montagnes.

 

   

 

Lorsque tout le monde a fini de visiter le site, nous retournons au Bamboo pour déjeuner. Au menu, de gros escargots verts cuits à la vapeur ; un pot-au-feu à base de légumes traditionnels (liserons d’eau notamment) ; des nems froids (feuilles de papier de riz à garnir avec de la viande de chèvre émincée recouverte de poudre de cacahuètes, de plantes parfumées et d’une feuille de salade). Pour la forme, je m’autorise un petit verre d’alcool de riz mais, durant le reste du repas, préfère faire tourner la machine au Coca-Cola, histoire de feindre la guérison stomacale en l’achevant à coup de poignards.

 

Après ce riche repas et les adieux chaleureux qui conviennent à Thai et son équipe, le bus ramène les voyageurs satisfaits d’avoir découvert ou redécouvert une province comme il n’en existe pas deux au Viêt Nam, à seulement deux heures de la capitale. Disposant de paysages à couper le souffle, d’une gastronomie locale extrêmement riche, je ne peux que conseiller les aventureux –à moto ou en car- à visiter Ninh Bình et ses environs. J’ajouterai également que je n’ai vu qu’une partie de cette région étendue, et qu’un week-end ne peut suffire à tout explorer. J’y reviendrai donc avec plaisir !

 

 

Liens :

 

Vactours (pour vos voyages sur mesure) : http://vac-tours.com/

Bamboo bar & restaurant : https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g303945-d2091021-Reviews-Bamboo_Bar_and_Restaurant-Ninh_Binh_Ninh_Binh_Province.html

La Belle Vie Tam Coc Homestay : https://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g303945-d10198202-Reviews-La_Belle_Vie_Tam_Coc_Homestay-Ninh_Binh_Ninh_Binh_Province.html

 

 

© Crédits photos/article : B.B. pour VACTOURS

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on mars 21, 2019

Bonjour, je dois avouer que je peinais à trouver des informations utiles et surtout réunies sur la façon d'avoir un...

Francine

on février 11, 2019

Merci pour ces bonnes infos. Très intéressant !

Loulou-du-14

on janvier 25, 2019

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